D’un coté, il y a ton quotidien, fait de contes et de princesses. On y participe activement au fil des histoires que l’on te raconte, des dessins animés que l’on te choisit. Mais c’est ton monde désormais. Tu kiffes les princesses, les princes, c’est comme ca et ca se voit. Quand tu finis de regarder la belle au bois dormant, tu nous donnes de recommencer. Quand tu vois raiponce, tu as des paillettes dans les yeux. Quand tu nous demandes de te déguiser en princesse, on ne refuse pas. Quand tu nous parles de ton prince, on sourit.
Cela me plait tout ça. J’aime que tu te crée ton monde, et que tu aimes les choses. Tu es une enfant, tu as 4 ans, et cela nous enchante comme toi. Cela fait partie de notre rôle je crois de préserver tout cela.
—
Et puis il y a le monde à vivre au jour le jour. Tu fais des incursions dans la réalité, un peu froide, un peu terre à terre quelque fois. En parallèle de tes histoires de princesses, tu nous poses des questions difficiles. Alors on essaye de répondre du mieux que l’on peut.
« pourquoi la soeur d’ingrid elle parle pas? »
« quand j’aurai un travail et un mari et que je partirai de la maison je serai très triste »
« quand tu seras très vieux t’iras au ciel tu me manqueras »
Les questions sortent comme ça. Entre 2 autres choses innocentes. J’essaye d’expliquer sans tout plomber. Que tu saisisses les concepts sans trop devoir appuyer dessus.
J’avoue amener également quelques sujets, en prévention, car ils me semblent importants. Déceler la publicité, pour éviter de s’y faire prendre par exemple. Les gens ‘différents’ que l’on rencontre dans la rue. La pauvreté. Je pourrai te laisser seule face à ca, mais je pense que cela fait partie de mon rôle. Alors on y met de petites touches.
Mais la frontière entre enchantement et désenchantement est fine, alors cela me fait toujours peur.